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32044471_pLe bami est au javanais (de Nouméa) ce que le camembert est au normand. C’est LE plat emblématique de ma communauté ! Pourtant, cette recette n’existe pas en tant que tel en Indonésie ! C’est un dérivé du bahmi goreng indonésien qui est à base de nouilles aux œufs, alors que la version néo-calédonienne comprend des vermicelles transparents. J’ai même découvert un clone parfait du bami en dégustant un japchae dans un restaurant coréen ! D’ailleurs les termes désignant les nouilles se ressemblent dans les deux langues : mee en indonésien, et myun (pourvu que je ne me trompe pas!) en coréen. Si c’est pas du métissage, ça !

Il y a quelques années, lors de mon retour en Nouvelle-Calédonie pour mes vacances, j’avais assisté aux funérailles de mon arrière-grand-mère paternelle, qui s’en est allée à l’âge respectable de 107 ans. Chez moi on ne fait pas juste un enterrement et basta. On réunit toute la famille et les proches, on se recueille dans la prière et surtout...on mange ensemble ! On nourrit tout le monde, le défunt inclus : un autel est consacré à sa mémoire avec en offrandes ses plats préférés. Pour la nourriture, les hommes vont à la chasse ou à la pêche pour ramener de quoi remplir les marmites, et on réquisitionne les femmes pour la popote. Bien sûr j’y32044607_p participe, moi la petite jeunette à qui les mamies ne font pas trop confiance pour réaliser un plat (surtout pour 50 personnes !).

Tout le monde étant débordé, il fallait trouver quelqu’un pour cuisiner le bami. Personne ne me consultant (vous savez, comme les nuls en sport que personne ne choisit pour intégrer l’équipe de basket au collège), je décide donc de m’en occuper ! Au grand dam des aïeules...

Pendant tout le temps de préparation et de cuisson, je sentais leur regard par-dessus mon épaule, craignant le moindre faux-pas. De leur côté, certaines faisaient aussi la même recette, car ma cocotte n’était pas assez large (pourtant je pouvais m’asseoir dedans). Des rivales d’un autre temps ! :)
32044681_pEn cuisine ça bouillonne, au propre comme au figuré. La fumée du feu de bois me pique les yeux, la chaleur est éprouvante malgré le fait qu’on soit en plein air. Je suis aidée par Elise, pour pouvoir remuer les tonnes de vermicelles avec l’énorme cuillère en bois qui se rapprochait plus d’une rame que d’une spatule. Avant la fin, on en prélève une part individuelle pour la déposer en offrande, après avoir trimé comme une bête. Le soir, verdict au buffet des convives : mon plat est revenu vide, alors que le bami des mamies n’a pas trouvé beaucoup d’amateurs ? Yeeeah ! Un feu d’artifice intérieur, bien entendu, compte tenu des circonstances...

BAMI (pour 4 pers.)32044156_p

-1 paquet de vermicelles de soja
-2 blancs de poulet

-2 carottes
-3 feuilles de chou blanc
-une poignée de haricots verts

-1 oignon

-2 gousses d’ail

-1 càc de sucre
-5 càs de sauce soja claire
-3 càs de sauce de soja foncée

-3 càs d’huile neutre

-sel, poivre, muscade

-1 càs de petites crevettes séchées (facultatif)

Réhydratez les crevettes dans un bol d’eau chaude. Plongez les vermicelles dans une casserole d’eau bouillante et laissez sur feu doux pendant 10 min. Egouttez-les et laissez refroidir dans un saladier d’eau froide. Coupez-les avec des ciseaux, mais pas trop courts (3 ou 4 coups de ciseaux directement dans le saladier suffiront). Faites rissoler l’oignon émincé dans 2 càs d’huile, avec l’ail. Ajoutez le poulet coupé en petits dés. Une fois doré, sortez le poulet de la marmite et réservez-le sur une assiette. Ajoutez la 3e càs d’huile, puis versez-y les carottes en petits bâtonnets et les haricots en biseaux. Lorsque les légumes sont tendres, ajoutez le chou en fines lanières, les crevettes égouttées et remettez le poulet. Assaisonnez de sel (pas trop, à cause de la sauce soja), poivre, sucre et quelques râpures de muscade. Lorsque tout est bien cuit, retirez la marmite du feu et plongez-y les vermicelles égouttés. Mélangez avec une spatule et versez les 2 sauces soja. Remettez sur feu doux et laissez mijoter à découvert entre 15 et 20 min, en remuant régulièrement pour ne pas que ça attache. Les vermicelles doivent être parfaitement translucides et souples. A servir très chaud avec du riz blanc et de la coriandre fraîche.

Un mini reportage photo de ces 4 jours à Hienghène, la commune d’origine de ma famille paternelle. En vrac : on râpe les noix de coco, on épluche les bananes poingo, on écrase au pilon le riz gluant, on (mon père!) dépèce le gibier de la chasse...etc. Je vous épargnerai le sacrifice de la poule !

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