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poulet

 

Souvent je me gratte la tête face à des recettes qui demandent des ingrédients que je ne trouverai jamais dans ma province, ou alors moyennant un bras ou un rein, et pour la fraîcheur on repassera. C'est pourquoi, à chaque fois que je reviens de Paris après mes innombrables food-trips, ce n'est pas une valise pleine de fringues ou de chaussures que je ramène, mais de nourriture en tout genre, voire de ...vaisselle (oui chacun sa folie, y en a qui dépensent autant dans les vernis à ongles) !
Dit comme ça, vous allez croire qu'il n'y a rien dans mon bled, et bien que nenni! J'ai ma dealeuse officielle de produits exotiques ET extra frais à Caen, alias la petite mamie asiatique qui vend les produits de son jardin, tout au bout du marché le dimanche. Elle est ADORABLE (je crois qu'inconsciemment elle me rappelle la mienne, de Mamie, surtout avec ses petites lunettes) et surtout, elle propose des légumes qui sortent de l'ordinaire normand: choux chinois de toutes sortes, des concombres amers, des pousses de citrouille, des brèdes mafanes, des diakhatous (aubergines africaines), du pourpier...


feuilles

 

Dernièrement je lui ai acheté une belle botte de feuilles de taro, que je trouve aussi beau qu'un bouquet de mariée. Je me suis rappelée qu'on cuisinait ça avec du lait de coco chez mes parents, mais mes souvenirs n'étaient pas assez précis pour que je vous livre une recette familiale authentique!
La seule chose que ma mère m'a conseillé de faire, c'était de bien éplucher les tiges dans le même sens, "sinon ça allait faire gratter la gorge". Je n'ai jamais compris d'où venait cette superstition culinaire qui se transmettait de génération en génération à la maison, jusqu'à ce que je découvre qu'en fait cette plante contient des cristaux d'oxalate de calcium. Ceux-ci sont toxiques si vous consommez le taro cru (bulbe, tige et feuilles), et sont irritants pour les muqueuses si vous ne le faites pas bouillir longtemps au préalable. Et bien entendu la toxicité s'en va en même temps, n'ayez crainte!
Si vous ne trouvez pas de feuilles de taro fraîches (attention, seulement certaines variétés sont comestibles, n'allez pas cueillir n'importe quoi) , elles existent en surgelé dans des épiceries asiatiques. Au pire, remplacez-les par des épinards frais, mais dans ce cas, inutile de les précuire.

J'ai choisi de les cuisiner dans un "poulet fafa", qui est une recette tahitienne. J'ai mélangé deux recettes: le chicken luau (plat hawaïen) et la version de La Cocinera Loca avec qui j'en ai refait aujourd'hui-même (Oui j'ai pris le train avec mon bouquet de taro et un poulet fermier...et un camembert affiné au calva, le tout bardé de blocs de congélation)(Les blogueuses cuisine sont tarées, ça se confirme).

Poulet Fafa (pour 6 pers)

-1 gros poulet fermier
-2 bottes de taro (environ 1 kg)
-1 gros oignon ciselé
-1 boîte de lait de coco (40 cl)
-20 cl de bouillon de volaille
-2 gousses d'ail hachées
-1 càc de gingembre râpé (facultatif)
-2 càc de sucre
-sel
-poivre
-un peu d'huile végétale neutre

Séparez les tiges et les feuilles de taro. Pelez les tiges (peu importe le sens finalement ^^) et coupez-les en tronçons. Lavez les feuilles et superposez-les. Roulez-les ensemble et émincez-les finement. Faites bouillir un grand volume d'eau salée et plongez-y les tiges et les feuilles. Faites cuire ainsi pendant 45 minutes, puis égouttez-les.
Coupez le poulet en morceaux et faites-les dorer dans une sauteuse avec un peu d'huile chaude. Lorsqu'ils ont pris une belle couleur, ajoutez l'oignon puis l'ail et le gingembre. Assaisonnez le tout de sel, poivre et sucre. Mélangez et versez le bouillon de volaille, puis le lait de coco. Ajoutez enfin les feuilles et tiges de taro, couvrez et faites cuire 40 minutes sur feu doux. Servez bien chaud, avec du riz ou des rondelles de taro à la vapeur!

PS: Dans la version originale, point de tiges, que des feuilles. Mais je ne voulais pas les jeter et je les trouve très bonnes, elles fondent dans la sauce!

 

tiges

Une recette tahitienne avec des produits normands, YES YOU CAN !